16ᵉ dimanche ordinaire
Frère et sœurs, cette page d'Évangile de Marie et Marthe a souvent soulevé une question et peut nous laisser un peu mal à l'aise. Comme Abraham dans la première lecture, Marthe pratique l'hospitalité. Elle se donne beaucoup de peine pour bien accueillir Jésus dans sa maison et elle se fait rabrouer par lui à l'avantage de sa sœur qui, elle, ne fait rien. On s'est servi de ce texte dans le passé pour dire la supériorité de la vie contemplative sur la vie active, la préférence qu'auraient Jésus et l'Église pour la vie de prière plutôt que pour la vie charitable. Ça n'a pas de sens. Jésus n'a jamais fait de telles distinctions et ce texte n'a aucunement cette signification.
Je me souviens qu'un jour, je recevais une invitation à souper chez des gens que j'avais mariés quelques années auparavant. Nous sommes restés amis. La jeune femme qui m'invitait m'a dit : « Ce ne sera pas un grand repas. J'ai beaucoup de choses à te raconter ; je ne veux pas rester dans la cuisine, je veux être avec toi. Si tu veux, nous commanderons une pizza. » J'ai apporté le vin ; nous avons passé une belle soirée à causer. Nous nous sommes fait beaucoup de bien.
Ce souvenir m'aide à comprendre l'histoire de Marie et Marthe. Ce que Jésus reproche à Marthe, ce n'est pas son hospitalité. Au contraire, c'est de ne pas assez s'occuper de lui. Elle se laisse prendre par son travail au point d'oublier le but de la rencontre. Elle ne travaille pas pour recevoir Jésus, elle travaille pour travailler, pour être satisfaite d'elle-même ; elle s'énerve et grogne. Jésus pourrait lui dire : « Marthe, n'oublie pas l'essentiel, je suis là. Viens t'asseoir, viens m'écouter. C'est important. Un seul plat va suffire, nous le préparerons ensemble. »
Comprise de cette manière, la leçon est claire et peut rejoindre chacun de nous. Nous nous agitons beaucoup. La terre à terre de nos vies peut obscurcir notre vision et nous cacher l'essentiel. La recherche de biens matériels, le souci de notre confort, de notre aisance peut nous conduire à l’absurde : travailler et peiner beaucoup dans l'espoir de trouver un repos que nous n'aurons jamais le temps de prendre.
Jésus ne pourrait-il pas dire à nous aussi ? « N'oubliez pas l'essentiel. Je suis là avec vous. Donnez-vous du temps pour vous occuper de moi. Je suis le chemin, la vérité et la vie. »
Pour bien des gens, prier ne semble pas être une activité importante. Pourtant, peut-on être disciple de Jésus, le savoir présent dans notre vie, sans lui donner du temps, sans lui parler, le laisser nous parler? Comme à Marie et à Marthe, il nous parle. Il nous parle dans les moments que nous lui donnons, dans les événements de notre vie, dans un Évangile comme celui de ce matin, dans la réflexion qu'elle nous amène à faire.
« Le Christ est au milieu de vous, lui l'espérance de la gloire », nous dit saint Paul dans la deuxième lecture. Nous intéressons-nous plus à nos plats qu'à sa présence ?